Les 100 ans du CHI de Genève : là où l'histoire rencontre les grandes émotions

Un siècle riche en grands moments sportifs, en chevaux inoubliables et en stars internationales. À l’occasion de ce grand anniversaire, la directrice générale Sophie Mottu Morel et le directeur sportif Alban Poudret reviennent sur l’histoire du Concours de Genève, partagent leurs souvenirs personnels et dévoilent ce qui attend les visiteurs lors de la grande édition anniversaire de 2026.

©CHI Genève - Joseph Carlucci

Sophie Mottu Morel, Alban Poudret – Les 100 ans du CHI de Genève : que signifie cet anniversaire pour vous personnellement ?

Sophie Mottu Morel : Cet anniversaire représente énormément de choses pour moi. Que ce soit mes souvenirs d’enfance à la patinoire des Vernets ou les grands moments que nous avons vécus à Palexpo. Je suis particulièrement heureuse de voir que le CHI a su traverser les années malgré des périodes compliquées comme les périodes de guerre ou plus récemment le COVID. Cela l’a certainement rendu même plus fort. Je dois dire que je suis très fière de faire partie de cette belle équipe qui met tant de cœur à la réussite de l'événement. En tant que directrice mon rôle est d'assurer la pérennité de cette manifestation et de m’assurer que nous gardons notre ligne et nos valeurs. Il s'agit d'un travail de longue haleine mais qui porte ses fruits puisqu'aujourd'hui nous pouvons fêter les 100 ans.

Alban Poudret : C’est la preuve que la passion s’est transmise de génération en génération, tant au niveau des organisateurs que des bénévoles et du public aussi, que toutes les personnes ont su transmettre leur flamme et une histoire, c’est magnifique de faire partie de ce long cheminement. Et, personnellement, cela s’est aussi fait ainsi, puisque mon arrière grand-père, grand cavalier de saut et commandant du Dépôt fédéral des chevaux de l’armée (DFCA/EMPFA) fut président du jury et même président du comité d’organisation en 1938. Et mon père m’amenait au CHI quand j’avais 5 ans déjà et je m’en souviens très bien! C’est là, et aussi à Morges, à Yverdon, puis à Tramelan, qu’est née ma passion pour ce sport.

Quand vous pensez à l’histoire du CHI de Genève, quel moment ou quelle rencontre vous a particulièrement marqué ?

Sophie Mottu Morel : Cela va être difficile de choisir un moment en particulier qui m'a marquée parce qu’évidemment il y en a beaucoup. Si je remonte un peu dans le temps et que je pense à la patinoire des Vernets je me souviens avoir croisé, toute timide, Nelson Pessoa dans les couloirs, admiré Milton sur la piste ou vu pour la première fois Ludger Beerbaum. Et si je pense à Palexpo, il me vient en tête la victoire de Steve et Jalisca en 2006, les adieux de Nino en 2016, les finales de Coupe du monde en 2010 ou encore la victoire de Steve et Nino en 2013 pour la première année du Grand Slam. Et au-delà de tous ces souvenirs sportifs, il me vient aussi tous les moments de partage avec l’équipe et surtout avec Alban avec qui je travaille depuis maintenant plus de 20 ans.

Alban Poudret : Oui, Sophie et moi avons une grande complicité et amitié, nous sommes très complémentaires, tout en partageant les mêmes valeurs. Il y a tant de moments, la Coupe des Nations de 1973 au Vieux Palais des Expositions, avec les sifflets du public au Conseiller fédéral Gnägi, suite à la suppression de la cavalerie, la victoire du génial John Whitaker et de son merveilleux Milton à la Patinoire des Vernets, en 1989, les deux finales de Coupe du monde, la victoire-surprise de Steve Guerdat avec Jalisca Solier dans le Grand Prix Coupe du monde de 2006, synonyme de nouveau départ, les adieux de Nino des Buissonnets... que de souvenirs incroyables!

Le CHI de Genève n’a cessé d’évoluer au cours de ces 100 dernières années. Selon vous, qu’est-ce qui a le plus changé – et qu’est-ce qui est resté identique jusqu’à aujourd’hui ?

Sophie Mottu Morel : Si je dois penser à ce qui a le plus changé depuis la création du CHI c'est bien évidemment l'évolution de notre sport. Les organisateurs, ceux avant nous et ceux d'aujourd'hui, doivent faire face à de constantes évolutions et cela rend parfois la tâche difficile. Et ce qui est resté identique pour moi c'est avant tout ces liens d'amitié entre les membres du comité d'organisation et la passion qui anime toute l'équipe que ce soit de notre association, des membres du comité, des bénévoles, ou encore de toutes les autres personnes qui s'impliquent sur l'événement. Les enjeux tant sportifs que financiers sont bien évidemment colossaux pour l'organisation d'un événement de cette envergure, mais malgré cela le CHI a su garder ses valeurs et sa ligne directrice.

Alban Poudret : L’état d’esprit des organisateurs et des bénévoles est resté le même, la passion est la même, nous voulons en être des serviteurs désintéressés, pas des businessmen ou businesswomen. Il y a certes beaucoup plus d’argent et d’intérêts dans le sport, et dans ce sport-là aussi, mais nous voulons rester fidèles à nos rêves d’enfant.

CHI Genève : Sophie Mottu Morel, directrice générale, et Alban Poudret, directeur sportif.

Le CHI Genève en trois mots : Cheval, amitié et excellence.

Sophie, vous êtes à la tête du CHI de Genève depuis de nombreuses années. Qu’est-ce qui vous a particulièrement marquée dans cette fonction au fil des ans ?

Sophie Mottu Morel : Effectivement cela fait maintenant plus de 20 ans que j'ai la chance d'être à la tête du CHI de Genève. Et j'ai aujourd'hui toujours autant de plaisir qu'au premier jour. Je parle de chance car je pense effectivement que je suis extrêmement chanceuse de pouvoir travailler dans un métier qui me passionne. Ce qui m’a marqué c’est l’accueil réservé par les membres du comité à mon arrivée. J’étais jeune. Ils m’ont fait confiance et je les en remercie sincèrement.

Alban, vous êtes considéré comme l’un des plus grands connaisseurs de l’histoire du CHI de Genève. Qu’est-ce qui rend ce concours si particulier d’un point de vue sportif ?

Alban Poudret : C’est aussi dû à mon âge, j’ai en effet suivi 50 des 65 éditions et j’en ai organisé 34 comme directeur sportif! L’histoire des sports équestres me passionne, j’ai écrit plusieurs livres sur ce thème, sur le CHI de Genève, je finis actuellement le second volume, comme sur les champions olympiques ou Jappeloup et Milton. Ce qui est particulier, c’est que la hiérarchie sportive du CHI de Genève ressemble beaucoup à celle des grands championnats. Encore plus depuis que Steve a été sacré champion du monde et plus grand champion de saut de l’histoire, car à Genève, il a aussi battu tous les records avec 16 victoires dans des épreuves majeures, ce qui est phénoménal! Ça a dû lui donner une certaine confiance en lui. Plus le public voulait sa victoire, plus la pression était forte, plus il gagnait!

Le CHI Genève en trois mots : très « cheval », varié et coloré !

Du Palais des Expositions aux différents sites, jusqu’à Palexpo : le CHI n’a cessé de se réinventer. Comment parvient-on à préserver la tradition tout en évoluant avec son temps ?

Sophie Mottu Morel : Tout d’abord, je pense que l’élément le plus important à garder en tête c’est que nous ne sommes pas là pour briller à titre personnel, mais là pour faire briller le CHI de Genève et assurer sa pérennité. Pour ce faire, il est de notre devoir de garder nos valeurs tout en suivant l’évolution de notre sport, en étant à l’écoute des critiques, en étant force de proposition et en s’assurant les bons conseils des personnes actives dans notre sport. Il est capital de se remettre en question et d’évoluer mais tout en gardant en tête que le cheval est le centre de notre réflexion.

Alban Poudret : C’est une question passionnante, mais on va essayer de faire court! En même temps, nous avons choyé les grandes épreuves classiques, puisé dans les archives pour relancer par exemple une épreuve de combinaisons, avec un quadruple, pour varier le programme, mais en demandant un changement de règlement à la FEI concernant le bien-être animal, pour qu’il n’y ait qu’une seule combinaison au barrage. Nous avons tenté de moderniser notre sport, en le rendant plus court et médiatique. Nous avons ainsi réfléchi avec le Club des Cavaliers (IJRC) quant à la meilleure formule pour le Top 10. Nous avons créé le Défi des champions, et des épreuves-spectacles, comme la chasse sans selle ou le Masters, pour rapprocher les cavaliers des spectateurs. Nous avons aussi beaucoup fait pour la relève, des poneys jusqu’au U25. L’idée, c’est aussi de proposer des programmes très variés, d’où l’ajout de la Coupe du monde d’attelage à quatre chevaux ou du cross indoor, qui remporte un succès fou.

Y a-t-il un moment dans l’histoire du CHI où vous diriez tous les deux : « Ça a été un tournant » ?

Sophie Mottu Morel : Pour moi, c’est clairement la création du Grand Slam pour rester loyal à notre presenting sponsor, fidèle depuis 1994. Nous ne pouvions envisager l’avenir du CHI sans eux. Avoir la chance et le privilège de nous associer au CHIO d‘Aix-la-Chapelle et aux Spruce Meadows Masters de Calgary (et par la suite aux Dutch Masters de Bois-le-Duc) a propulsé le CHIG à un autre niveau.  Ce fut extrêmement motivant et passionnant de pouvoir échanger avec les organisateurs de ces grands concours et imaginer ce nouveau concept. Même si aujourd’hui notre décision s’avère avoir été la bonne, nous avons tout de même eu des doutes et des inquiétudes car il nous a fallu agir vite et surtout rassembler autour de cette décision et de ce concept novateur.

Alban Poudret : Oui absolument, ce fut à la fois le moment le plus difficile, le plus compliqué, il fallait prendre des décisions ultra-rapides et sérieuses qui nous engageaient pour longtemps, et en même temps passionnant et grisant. On a vite vu l’enthousiasme des cavaliers et cela nous a placé dans une autre dimension. Nous réfléchissions désormais à l’avenir de notre sport avec les organisateurs d’Aix-la-Chapelle et de Calgary. Ils étaient déjà des amis, mais de là à travailler à la même table!

Alain Jufer et Dominator MM. Copyright: PhotoBujard

Qu’est-ce qui fait cette atmosphère particulière à Genève, qui fait du Concours un rendez-vous incontournable du calendrier, même pour les meilleurs cavaliers et cavalières du monde ?

Sophie Mottu Morel : On le dit souvent, le CHI de Genève est une grande famille passionnée par ce magnifique sport. Je pense évidemment au comité d’organisation mais aussi à tous les bénévoles du CHI de Genève. Nous disons qu’ils sont l’âme du CHI de Genève et c’est vrai. Ils contribuent largement à la réussite du concours mais aussi à son atmosphère. Je pense aussi que les différentes mises en scène sur la grande piste apportent une touche de magie à l’événement. Et enfin, il y a beaucoup d’autres petits détails que ce soit l’accueil ou les infrastructures qui sont la marque de fabrique du CHI de Genève.

Alban Poudret : Un public très connaisseur et fan de tous les meilleurs, qu’ils soient suisses ou étrangers, de bons speakers et une mise en scène dynamique. Pour les cavaliers, ce sont aussi les bénévoles, très attentionnés, et les infrastructures très vastes et pratiques. Le soin mis dans chaque détail, surtout pour les chevaux.

L’édition anniversaire de 2026 : la 100e édition approche à grands pas. À quoi les visiteurs peuvent-ils s’attendre ?

Sophie Mottu Morel : C’est vrai, nous arrivons bientôt à la fin de l‘année. Cela fait des mois que nous travaillons à cette édition spéciale et que nous imaginons mêler l’histoire au présent. J’invite d’ailleurs tout le monde à suivre nos différents réseaux sur lesquels nous avons déjà partagé de nombreuses anecdotes. Sinon, en venant à Palexpo, nos visiteurs pourront se plonger dans le passé et découvrir l’évolution du Concours. Plusieurs projets vont se concrétiser et nous nous réjouissons que notre public les découvre. Le village des exposants aura aussi un autre visage. Et du côté de la piste, nous avons également mêler le présent au passé avec le retour d’épreuves emblématiques.

Alban Poudret : A une grande fête ! Il y aura de véritables bouquets d’attractions, deux, trois ou quatre par jour, et cinq épreuves supplémentaires, le retour des Six Barres et de la chasse sans selle, un 2e Prix des Familles après 1998, avec de grandes dynasties de cavaliers, et l‘UBS Défi du siècle, qui réunira des champions olympiques, mondiaux et européens face aux plus réguliers sur les trois premiers jours. Il s’agira aussi de célébrer le titre mondial de Steve Guerdat ainsi que la mise à la retraite de Grandeur de Lully CH, ce qui sera très émouvant pour Robin Godel, mais pour nous aussi. Du coup, il y aura cinq journées internationales et il vaut mieux prendre un abonnement!

Cet anniversaire sera également célébré par des événements spéciaux. Quel moment attendez-vous personnellement avec le plus d’impatience ?

Sophie Mottu Morel : Cette édition anniversaire sera marquée par plusieurs célébrations, je me réjouis de découvrir la cérémonie du jeudi ou encore le petit-déjeuner prévu sur la piste le dimanche. Et bien sûr, au niveau sportif, je me réjouis de la cérémonie que nous sommes en train d’imaginer en l’honneur de Steve et Dynamix. On parlait en début d’interview des moments marquants du CHI de Genève et j’espère sincèrement que cette cérémonie en fera partie.

Alban Poudret : On a parlé de fête. Il s’agira de célébrer le titre mondial de Steve Guerdat, le triplé incroyable de Dynamix en championnat et de fêter les plus grands cavaliers de l’histoire du CHI. Il y aura aussi la mise à la retraite de Grandeur de Lully CH, ce qui sera très émouvant pour Robin Godel, mais aussi pour nous.

Robin Godel et Grandeur de Lully lors du Indoor Cross. Copyright: PhotoBujard

Quels sont vos souhaits pour cette édition anniversaire – sur le plan sportif, mais aussi pour le public et toutes les personnes qui travaillent en coulisses ?

Sophie Mottu Morel : J’espère avant tout que tout se passe bien sur la piste. Mais je souhaite aussi que tout le public qu’il s’agisse de nos visiteurs, de nos bénévoles, de nos partenaires, reparte les yeux remplis d’étoiles.

Alban Poudret : que le sport soit de grande qualité, comme ces dernières années, que tous les acteurs et spectateurs soient heureux, que les bénévoles aient le temps de profiter d’une partie du spectacle – les journées seront très longues! – et que tout le monde reparte du bon pied pour 2027!

Et si nous nous projetons 25 ans dans l’avenir : à quoi devrait ressembler le CHI de Genève à l’occasion de son 125e anniversaire ?

Sophie Mottu Morel : J‘espère que le CHI aura le même visage liant modernité et maintien de ses valeurs. J’espère également que le comité d’organisation aura la même flamme qu’aujourd’hui et que le cheval sera toujours au centre de leur réflexion.

Alban Poudret : J’espère que les jeunes qui nous succèderont garderont la même passion pure pour le cheval et pour le vrai sport.

Jérôme Voutaz et ses Franches-Montagnes. Copyright: PhotoBujard